Analyse | Brûler une année de contrat ou non ?
La négociation du premier contrat professionnel de Jacob Fowler avec le Canadien ne relève pas autant de la formalité qu’on pourrait l’imaginer. Le gardien de 20 ans a vu sa saison prendre fin avec Boston College dimanche, quand son équipe a été éliminée par l'Université de Denver, championne nationale en titre. Cela pave la voie à l'arrivée de Fowler dans les rangs professionnels. Le gardien floridien a désormais trois options devant lui. ll peut décider de retourner à Boston College pour une troisième année et tenter l’an prochain de remporter le championnat national de la NCAA, ce qu’il n’a pas réussi à faire à ses deux premières tentatives. Il peut également signer son contrat d’entrée de trois saisons avec le Canadien et brûler la première année de cette entente, peu importe qu’il joue ou non des matchs avec le Tricolore d’ici la fin du calendrier. La troisième option serait de signer un contrat de trois ans qui n'entrerait en vigueur que la saison prochaine, et qui serait assorti d’un essai amateur ou professionnel lui permettant de s’aligner avec le Rocket de Laval d’ici la fin de la saison. Le retour sur les bancs d’école semble pour l'instant l’option la moins probable. Règle générale, les organisations se méfient de voir leurs meilleurs espoirs américains retourner à l’université pour une troisième année, car elles ne veulent pas que s’incruste l’idée qu’ils puissent terminer leur parcours académique et ensuite profiter de leur statut de joueurs autonomes à leur sortie de l’université. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le Canadien s’est empressé de convaincre Lane Hutson de se joindre à lui en fin de saison dernière. Le mécanisme de la première année Cela dit, Fowler n’a jamais caché son emballement à l’idée de porter l’uniforme du CH. L’organisation ne pourrait pas l’empêcher de retourner à Boston College si tel était son désir, mais ce serait probablement davantage dans l’esprit de terminer un boulot inachevé que pour trouver une manière de se soustraire à l’organisation du Canadien, avec laquelle Fowler entretient des liens émotifs. L’option d’amener un espoir et de brûler la première année de son contrat d’entrée est une procédure avec laquelle les partisans du Canadien sont familiers. Dans les dernières années, en plus de Hutson, Cole Caufield, Jordan Harris et Sean Farrell ont suivi cette voie. La manœuvre a été payante pour Caufield, qui a rapidement démontré au Canadien qu’il méritait un contrat à long terme. Hutson a lui aussi convaincu tout le monde et il détiendra le gros bout du bâton dans ses prochaines négociations. Pour Farrell, en revanche, le pari s’est avéré plus risqué. Le jeune ailier arrive à la fin de son premier contrat et, pendant les premiers mois de la saison avec le Rocket de Laval, il était permis de se demander si le Canadien allait lui offrir un nouveau contrat en vue de la saison prochaine. Heureusement pour lui, Farrell s’est déchaîné dans les deux derniers mois avec 28 points en 22 matchs. Il a trouvé le moyen de se revaloriser. Lundi, Fowler a vu ses coéquipiers Ryan Leonard et Gabriel Perreault signer leur premier contrat professionnel, et ceux-ci pourront sauter immédiatement dans la mêlée pour aider les Capitals de Washington et les Rangers de New York, respectivement. Mais est-ce toujours judicieux pour un gardien de précipiter l’arrivée de son deuxième contrat? Il s’agit après tout de la position où le développement est le plus tardif. Si la perspective d’un lucratif deuxième contrat est certainement séduisante, le temps qui est à la disposition d’un gardien pour se faire valoir et démontrer qu’il le mérite s’étiole rapidement. Fowler aurait-il le temps, en l’espace de deux ans et quelques semaines, de prouver qu’il mérite un gros contrat de la LNH ? Les Sabres de Buffalo ont permis à Devon Levi de brûler la première année de son contrat professionnel pour qu’il vienne jouer sept matchs à Buffalo il y a deux ans. Le gardien québécois achève maintenant cette entente et il n’a disputé que 39 matchs jusqu’à maintenant dans la LNH. Son prochain contrat risque de ne pas être aussi lucratif que s’il avait eu une année supplémentaire pour se faire valoir. Avant lui, des gardiens comme Joseph Woll et Joey Daccord ont également brûlé la première année de leur contrat d’entrée, mais n’ont pas pour autant remporté le gros lot à leur contrat subséquent. Parfois, l’année de plus peut servir autant le gardien que l’équipe qui l’évalue. Jake Oettinger Photo : usa today sports via reuters con / Jerome Miron Ce ne sont pas systématiquement les hauts choix au repêchage ou les meilleurs espoirs devant le filet qui ont brûlé la première année de leur contrat d’entrée. Des équipes qui n’étaient pas impliquées dans une course aux séries pouvaient être plus à l’aise de donner des matchs à un gardien sans expérience. Surtout, celles qui redoutent de ne pas demeurer assez attrayantes aux yeux du jeune gardien peuvent avoir recours à ce mécanisme pour le garder dans leur giron. Par contre, lorsqu’on regarde certains des meilleurs gardiens américains issus des rangs collégiaux, on se rend compte que les Jake Oettinger, Connor Hellebuyck, Thatcher Demko et Jeremy Swayman ont tous signé leur première entente à la fin de leur saison universitaire, mais qu’aucun d’eux n’a brûlé la première année du contrat. Oettinger est le cas le plus intéressant. Ayant terminé son secondaire de façon précoce, il avait déjà disputé une année à Boston University au moment d’être repêché en première ronde par les Stars de Dallas en 2017. Oettinger a quand même décidé de passer deux années de plus chez les Terriers, ce qu’il n’a jamais regretté. Lorsqu’il a finalement quitté Boston University, Oettinger a signé un contrat d’essai amateur en marge de son premier contrat professionnel et il a terminé sa saison 2018-19 en jouant six matchs avec les Stars du Texas. Il a passé toute la saison suivante (écourtée par la pandémie) dans la Ligue américaine avant de faire son entrée dans la LNH en 2020-21, où il a partagé la tâche avec le vétéran Anton Khudobin. Oettinger était gardien titulaire depuis un an en 2022 quand il a signé un nouveau contrat de trois ans lui rapportant 4 millions $. Et en octobre dernier, il a paraphé une prolongation de contrat de huit ans qui fait de lui l’un des gardiens les mieux payés du circuit. Le fait de ne pas avoir brûlé le début de son premier contrat professionnel ne lui a pas nui. Pas plus qu’à Hellebuyck, Demko ou Swayman, d’ailleurs. Le gardien Jacob Fowler, qui évolue à Boston College, est un choix de 3e ronde du Canadien en 2023. Photo : Gracieuseté : Boston College Si Fowler demande à brûler la première année de son contrat, il n’aura pas le droit de jouer avec le Rocket d’ici la fin de la saison et pourrait être limité à un rôle de #3 à Montréal au moment où le Canadien est dans une lutte de tous les instants. Pendant ce temps, le Rocket dispose d’une plus grande marge de manœuvre au classement et les quatre séquences de deux matchs en deux soirs qui restent à son calendrier vont justifier l’emploi d’un autre gardien. Personne ne sourcillerait si Fowler volait des matchs à Connor Hughes. Le Canadien lui déroulerait-il le tapis rouge comme il l’avait fait à l’époque de Carey Price et des Bulldogs de Hamilton? Ce serait délicat, mais ce sera à surveiller. Fowler est encore jeune, il a une réputation de gagnant et s’il livre la marchandise, il fera beaucoup d’argent. Mais éviter de sauter les étapes et veiller sur son développement doit demeurer la première préoccupation.brûlée
au contrat d’entrée peut être utilisé comme motif de dissuasion.L’appel du deuxième contrat

L’exemple d’Oettinger

Un calendrier favorable
Advertising by Adpathway









